n- comme Novembre.
No v ambre...
No vi ambre...
</span />Nos vies ambre.
J'ai relu mes maux, et j'ai trouvé qu'un peu trop souvent il est question d'ailes.
Celles qui me poussent dans le dos.
Celles qui me pèsent.
Celles qui me déchirent la chair.
Ai-je à ce point envie de liberté ? A ce point envie de respirer ?
Je n'aime pas l'eau, depuis que la mère du petit garçon jusqu'à l'âge de douze ans le lavait. Et quand venait le moment du rinçage de la tête, il fermait les yeux très fort, et le nez, et la bouche, et il hurlait à l'intérieur qu'il allait mourir, que le flot de la douche ne s'arrêterait jamais. Qu'il allait mourir ! Qu'il allait mourir ! Avec un goût âcre dans le nez, douceâtre dans la bouche et les yeux brûlants.
Novembre.
Je me statufie en silhouette d'ambre doré. Un bel objet qui amplifie la lumière et l'adoucie. Qui met du soleil là où il n'y en a plus depuis longtemps.
Le petit garçon me regarde et apprécie. Il ne sourit pas, car sa bouche est cousue, mais il sourit quand même.
Dedans.
En secret.
Mais comme une fleur maladive je suis en lui et je vois le sourire.
Et ma lumière se fait mer. Je deviens odeur et goût de sel, embruns qui poissent ses cheveux. L'enfant sourit toujours.
Il est ermite, brusquement, sur une grève déserte, un jour d'orage.
Il a cent ans.
Et je roule mes vagues lourdes comme du plomb. Je les jette contre les rochers où elles éclatent en étoiles coupantes comme des rasoirs.
L'enfant sourit toujours.
Et j'invoque un vent chaud comme du sang, mêlé de pluie, de mer, de morceaux de vagues, de morceaux de plage.
L'enfant vacille, les cheveux comme des algues échouées.
Et il rit, vieux de mille ans !
Il rit, avec ses dents si blanche qu'on dirait des os.
Il rit, libéré des coutures qui le défigurait.
Il rit parce qu'il a mille ans.
Il rit parce qu'il le sait.
Il rit parce qu'il est encore en vie !
Alors je fais naître une trouée dans les nuages, et j'y verse un peu d'ambre liquide qui illumine tout : les rochers, la mer, les nuages, le sable, les herbes folles qui retiennent le sable des dunes. Et pour un instant... tout est en or.
L'enfant à dix ans.
Il tombe à genoux, de la bave sur le menton.
Il bave, ivre d'avoir rit.
Ivre d'avoir vécu. Ivre de sentir son cœur battre dans sa poitrine trop maigre.
Et moi, pour le remercier de m'avoir fait exister un instant encore, je m'ouvre en un bouquet de parfums.
Bérénice