Je viens d'aller me chercher un chocolat chaud à la machine. Et comme à chaque fois, il me revient le souvenir du chocolat chaud que mon père, un après-midi, m'avait payé à la distributrice.
Je n'avais pas 10 ans. Je revois le long couloir, l'odeur de propre, de cire, de crayons de bois taillés. Un collègue de mon père avait du reste une "machine à tailler les crayons" : on rentrait le crayon, et on tournait une manivelle qui actionnait deux roues qui taillaient la pointe...
Ce chocolat chaud reste planté dans ma mémoire. Je ne sais pas pourquoi. Ou plutôt si ! Le geste était si rare... si secret aussi, dans un certain sens.
Je me souviens aussi avoir marché doucement dans ce couloir, pour ne pas en renverser une goutte, pour l'apprécier pleinement. La petite mousse sur le dessus, le goût sucré et riche... Bien sûr ce goût ne ressemblait pas à celui auquel j'étais habitué à la maison, mais il avait ce cachet de nouveauté, de complicité, de fierté, de cadeau, d'amour démontré qui aurait rendu parfait un simple verre d'eau tiède.
Ce chocolat est comme une caresse reçue sur ma tête de gamin, qui ébouriffe les cheveux. (Sauf que mes cheveux n'ont jamais été ébouriffés...)
J'en ai la gorge qui se serre, et le coeur qui bat mollement tout à coup.
Ne vous méprenez pas ! Mon père n'est pas mort. Il vit encore, et quelque part le malaise que crée ce chocolat vient de là. C'est long à expliquer et assez personnel. Puis quelque part tellement puéril que vous pourriez vous moquer.
Et dans ces cas là, je préfère remettre mon armure, activer mes blindages, et reculer lentement en vous fixant du regard.
...Surtout ne jamais tourner le dos aux ennemis...
Désolé.