L'automne est dans l'air. Sur mon heure de lunch, je suis comme d'habitude sortit pour faire un tour. L'air devient frais, pétillant, brillant. La lumière est dorée.
Comme à chaque fois en cette période de l'année, j'ai envie de partir. Quitter cette vie, cette routine, cet horizon qui pourtant ici, sur ce continent, est vaste.
Je sens l'automne qui s'avance, comme une fumée froide qui peu à peu va s'enrouler autour de moi, jusqu'à tenter de m'étouffer. Alors pour survivre, il me faudra ouvrir la bouche, et avaler la fumée, la boire, et devenir une partie de l'automne.
Puis viendra l'hiver et la mort. Le vent, le blizzard, la neige et la glace. Curieusement, quand la température tombe en dessous des -30, et que le vent la fait encore chuter, quand j'enlève mon gant et que ma main fume dans le froid, et qu'en quelques secondes mes doigts sont comme transpercés d'un millier d'épingles, je me sens vivant. Et je ris ! Je ris de me sentir vivant, et en même temps si déplacé dans cette nature hostile.
Je suis sortis, donc. L'herbe est encore plus verte qu'au printemps, et je m'imagine déjà dans quelques semaines, quand il faudra mettre une veste. La mienne est en cotton huilé (waxed cotton), avec un col de cuir.
Les odeurs seront alors fantastiques ! Je sens la nature, la terre qui s'ouvre une dernière fois avant de mourir, le cuir, la toile... Je me sens alors comme un bateau au port, qui tire sur son ancre au gré de la marée...
Il est difficile, alors, de ne pas vouloir mourir.