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J'ai souvent rêvé de mourir dans les bras d'une amie, ou d'un ami. Se sentir partir doucement, perdre peu à peu sa chaleur, et sentir l'autre, à côté, qui est comme un gros radiateur.
Entendre ses mots qui calmeraient devant cet abime. L'entendre murmurer "N'ai pas peur, Bérénice. Tout va bien aller. Doucement... Descends doucement... Je te tiens..."
Ou bien tenir la personne qui compterait le plus au monde dans mes bras, caresser son visage de mes cheveux, remettre en place ses mèches de cheveux, collées et poisseuses de sueur, et sourire pour ne pas montrer la peur et la mort au fond de mes yeux.
Partir, de toutes façons.
Je n'ai jamais été douée pour les relations. J'ai alors très jeune choisi la solitude.
Alors au Grand Moment il n'y aura personne de penché sur mon épaule, personne à qui tenir la main une dernière fois.
Mais je me raconterai cette histoire "de princesses et de cerf-volants".
Cette histoire que j'imaginais quand j'étais toute petite au fond de mon lit, et que j'avais peur de la vie, quand je ne savais pas comment faire pour qu'elle s'arrête enfin.
"Il était une fois une petite fille toute blonde avec des yeux bleus, fille de roi. Comme je connais la fin de l'histoire, je peux vous dire que tout le monde aimait beaucoup la petite fille, mais qu'à cause de la méchante reine qui planta un morceau de vitre dans le coeur de sa fille, celle-ci ne pouvait pas le savoir. La vitre était magique, en effet, car plantée dans le milieu du coeur - exactement au milieu - elle abimait aussi le cerveau.
Alors la petite fille a grandi, toute seule, sans voir la joie qui naissait de la vie, autour d'elle.
La vie de la petite fille aurait pu être très très triste, mais elle avait un secret : chaque fois qu'elle se sentait abandonnée, elle pensait très fort qu'elle avait des ailes dans le dos et devinez quoi ? De belles ailes toutes bleues lui poussaient, et elle s'envolait alors pour voir la vie de très loin, d'en haut. C'était si beau, alors !
(J'entends ici les parents se dire que cette histoire n'est pas pour les enfants, car on ne peut pas s'envoler sans l'aide de substances illicites... Pauvres fous ! Comprennez donc que la petite fille ne savait même pas que ça existait ! A cette époque l'innocence existait encore...)
Et un jour, la petite fille a lu "La petite fille aux allumettes". Elle a pleuré. Tout à coup son status de fille de roi lui a semblé bien lourd pour autant de peine.
Et elle s'est aussi aperçue que les ailes bleues qui naissaient étaient en fait des chaines avec des hameçons et des crochets qui déchiraient la chair. Des morceaux de métal qui mordaient, et transformaient la petite fille en une chose hurlante et bavante, qui aboyait férocement contre ces putains d'adultes qui massacrent, arrachent, cassent, détruisent tout ce qu'ils touchent, voient, ou créent !
Et pour faire taire la bête tapie au fond des yeux, il fallait faire renaitre la mémoire de cette petite fille aux allumettes qui meurt de froid dans l'indifférence."
Alors ma haine sera justifiée.
Alors ma solitude sera expliquée.
Et tout sera bouclé.
... Enfin.
Bérénice