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f-

Hier soir, la tête posée sur la poitrine de mon homme...

Puis, au bout d'un temps si long que la douleur en fut plus intense :l'enfer...

Mémoire en feu,
Coeur en cendres,
Corps calciné.

Je me suis effondrée au-dedans, lui endormi, moi terrifiée par ce gouffre qui venait de s'ouffrir en moi. Un abîme gigantesque, affamé, tournant sur lui même, noir, exalant une odeur douce et forte, ennivrante, enpoisonnée, ... mortelle. Un ventre insondable qui criait famine, qui hurlait qu'il allait me dévorer toute entière, moi et mes pensées, moi et mes souvenirs, moi et mon sang... et mes os... mes jambes, mes bras, mes cheveux, mes yeux...
J'ai frissoné d'horreur, au creux de sa poitrine.
Il a remonté le drap pour me couvrir complètement. J'avais cru qu'il dormait. Mais non, il était bien vivant, bien chaud, pendant que je mourais sans un cri, toute glacée.
Toute glacée.

Je traine mes années comme deux ailes ancrées dans mon dos. Chaque fois un peu plus lourdes. Chaque fois un peu plus de chair se déchire. Chaque fois un peu plus de sang coule.
Si je savais dessiner, j'aurais fait une femme, s'en allant vers le fond, en laissant deux trainées de sang. En premier plan : deux ailes arrachées et sanglantes. Ou bien la femme serait à genoux, le dos en sang, le front posé sur le sol en une plainte muette, avec toujours les ailes en premier plan.

J'ai juste des images dans ma tête, et rien pour les faire sortir autrement que par les mots. Parfois, j'enrage de mon impuissance...

Bérénice

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