J'ai cherché par terre une poupée de plastique toute abîmée. Une poupée à laquelle il aurait manqué un bras. Une poupée à laquelle les cheveux n'auraient plus été qu'un amas informe de fil, de poussières et de saletés. Une poupée salie sur laquelle j'aurais pu écrire « e- comme ecchymose », et à la place du sexe « e- comme excision ». Une poupée toute écrasée (e- comme éventrée), rayée (e- comme éraflures).
Une poupée enfant. Une poupée ennemie. Une poupée qui poserait sa question, en larmes, toute brisée.
...
Le docteur à l'enfant : " Te rends-tu compte que V. est le drame de ta vie ?" L'enfant eut un sourire triste. " - Oui. - Tu as aimé cette fille ! Tu as rêvé d'elle ! Tu l'avais dans la peau... tous les jours ... toutes les heures, peut-être, tu pensais à elle !" L'enfant se sentait nu et vulnérable. Le secret, l'abcès, quelque part, crevait. Et il aimait ça. Pourtant, pour le dernier sursaut d'orgueil, il se fit agressif. " - Je te paye pas 60$ al scéance pour entendre ce que je sais déjà. Je suis prêt à m'enlever ça de la tête, mais pas à te voir rigoler avec ça ! - C'est bien, T. Met-toi en colère... - Si je m'énerve, je casse tout. - C'est fait pour..." Le ton de C. était tranquille, presque amusé. L'enfant regarda alors le mobilier. Une simple table de formica avec des pieds en métal, un meuble de formica, deux ou trois plantes grasses sur une étagère, des coussins, entssés dans un coin. Pleins de coussins. Il décida de ne pas se dominer. Après tout, il était là pour ça. Pour sortir. " - Oui je l'ai dans la peau ! Toutes les heures, tu disais ? Pas une seule minute sans penser à elle ! Oui c'était un espoir vain. Mais au moins c'était quelque chose qui valait mieux que cette réalité dont je ne voulais pas ! Les brimades, les insultes, les coups, la violence verbale, psychologique. Cette putain de réalité qui était la mienne ! Alors j'ai inventé un espoir. Une lumière, quelque part, qui existerait, et qui brillerait un jour pour me réchauffer. Alors oui c'était un espoir vain. Une ridicule fuite en avant. Mais c'est ce qui m'a permis de rester en vie ! De lutter ! De survivre dans ces classes dans lesquelles je ne m'intégrais pas ! Le soir, dans mon lit, je la laissais me rejoindre. Elle prenait mon cœur entre ses mains pour le réchauffer un peu. Pour empêcher que cette pierre dans ma poitrine ne gèle complètement. Alors on peut me l'enlever maintenant. On peut le faire maintenant. Mais il ne faut pas en rire, C." L'enfant s'assis en sanglotant, les mains douloureuses. Les cactus gisaient au milieu des feuilles de papier, des coussins, de la table renversée.
J'ai été cette V., cette S., cette M., cette D., et toutes les autres. Toutes celles que l'enfant à imaginé pour boire à sa souffrance. Je me suis pliée à ses jeux. Je ne suis pas une pute de l'âme. Je suis quelque part aussi perdue que lui.
e- comme exorcisme. e- comme exorcisme. e- comme exorcisme...