• Pour oublier
    (recette)


       Je m'ouvrirai une avenue, large et profonde, qui déchirera la terre. Un long serpent noir pour se perdre sur l'horizon tremblant.
    Je planterai des arbres. Des orangers pour brûler le ciel et le rendre bleu. Et j'arracherai des branches les fruits gonflés de vie et de chaleur. Le sucre coulera dans ma gorge et mon coeur se remetttra à battre.
    Il y aura aussi des tours de verre gigantesque, pleines de vitres, pleines d'images. Et des fontaines d'eau fraiche et invitante, indifférentes aux vents de sable qui essaieront de les remplir. Au fond des trous, se sera comme un peu d'or fin et précieux...
    Et il fera chaud.

       Et dans le ciel d'acier, je clouerai un soleil pour entâcher l'avenue de lumière. Et je mettrai toujours plus de chaleur.
    ... Toujours plus de chaleur.
    Et le sable crachera son odeur. Les orangers vomiront leurs parfums. Le goudron empuantira l'air. Et avec des pierres je briserai soigneusement les vitres des tours pour ne plus voir mon visage.

       Je m'ouvrirai les veines d'une coupure large et profonde. Ca plantera du souffre en moi, et me fera pleurer. Le fleuve passera sur ma main, brûlant comme un été, heureux un instant de connaître un trajet neuf. Mon coeur, lui, cherchera à fuir ce corps qui bientôt sera sa prison. Il partira au galop, en se cognant dans ma tête. Il essaiera les oreilles, et la gorge pour me quitter. Cette gorge emplie de larmes qui se refuse à s'ouvrir. Cette gorge qui déja devient dure et fait mal.

    Je serai une dernière fois irradié de chaleur.
    Et il n'y aura personne pour regarder devant les vitres de mes yeux.


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  • Le sang

    J'ai peur
    Et c'est pour ça que je souris.

    J'entends ses pas lourds qui résonnent dans ma tête.
    Chambres vulgaires nous sommes des légions.
    Et la ville tremble et la panique s'installe tranquillement dans les sombres couloirs.
    Mais ces coups de tête... et pour ébranler quoi ?

    J'ai peur.
    J'ai peur...

    Et y'a la jalousie des vieux,
    Leurs mains pleines de terre, les yeux pleins d'envie
    Et de meurtres. Et l'autre qui se rapproche;
    Et des maisons s'effondrent. Et des fleurs naissent, un peu folles, dans mes veines.

    J'ai peur.
    Et c'est pour ça que...

    C'est dans ma tête et ça déborde.
    C'est dans mes mains qui tremblent et je ronge mes ongles.
    C'est lourd, c'est vivant et ça se tord comme des vers.
    Et les autres légions sourient sans avoir peur. Sans entendre les pas qui défoncent les portes.

    J'ai peur et je souris.
    C'est pour ça que je meurs.
    Un peu...
    Chaque jour...


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  • Vieux texte écrit en 99...

    Les Navigateurs

    C'était il y a très longtemps. Lorsque le ciel, la nuit, était noir et vide. C'était avant que ne soient ce que la race qui arriva après nous appellent les étoiles.
    Plusieurs avaient des Rêves.
    Il nous fut impossible de les assimiler, au début. Car les Rêves s'ils sont trop lointains ne peuvent être assimilés avec sagesse.
    Et beaucoup de Rêves étaient lointains.
    Les autres montraient un futur assez proche; quelques décennies, quelques siècles tout au plus. C'était plus facile...
    Malgré cela, il fallu un peu plus de 70 unités avant que l'on comprenne.


    Les Tsan-Riff prirent le temps à leur disposition pour examiner les assimilations. Je sais qu'ils le firent bien, cherchant les recoupements, les confrontant sans cesse - du moins au début - et ne certifiant les Rêves que l'un après l'autre. Avec regret.
    Je sais qu'ils le firent bien, car mon L'kraï faisait partie des séances. Et après il me racontait. Et c'est aussi pour ça que je peux utiliser le mot regret.


    En se retournant sur le passé, deux chemins peuvent s'affronter. Celui qui dit que les assimilations auraient pu être faite plus vite, plus tôt, plus sûrement. Mais c'est ne plus se souvenir de l'enjeu. Occulter une part importante, aussi, des assimilations. Leur fragilité.
    L'autre chemin prend en compte les excuses, cherche des voies détournées pour expliquer.
    L'un n'est pas meilleur que l'autre. Ni pire.

    A la lumière d'un résultat on ne peut pas toujours juger de la sagesse utilisée.


    Un jour, longtemps après le premier Rêve, la décision fut prise par le Paddish-Har'n. Les Tsan-Riff de toutes les Régions-Provinces avaient fait part de leurs certifications. Et des solutions envisageables.
    Et devant la nouvelle race qui naissait, l'exode fut choisi.

    Nous étions une race noble. Ou en tous cas, nous voulions toujours agir comme tel. La menace précise qui nous venait des Rêves et des certifications nous aurait autorisé le meurtre. L'aurait excusé, même, sans honte aux yeux des générations futures.

    Mais les Rêves ne sont pas toujours précis, ni exacts. Plus de Rêves amènent plus d'assimilations. Et plus d'assimilations demandent plus de temps.
    Et la noblesse nous contraignait à laisser une chance malgré tout à l'intelligence qui se développait.

    Et ceux qui parlent aujourd'hui de faiblesse d'âme sont bien à plaindre! Ils songent à une planète qu'ils ne connaissent pas, regardent les résultats de chemins que l'on ignorait. Puis ils posent cette ultime question; et notre mutisme est pour eux la preuve de l'erreur de nos aînés. La reconnaissance d'une dette ne fait pas un être libre. Ils le savent bien. Alors, que cherchent-ils ?

    ***

    La construction de vaisseaux de transport fut relativement rapide. Pour accélérer les choses, nous ne prîmes pas de précautions contre la nouvelle race qui devenait chaque jour plus nombreuse. Elle se tenait en fait encore très loin, dans les Régions-Provinces sans glace. De toutes façons, leur cycle de vie était court et d'une grande fragilité, le cas échéant...

    Les Rêveurs ne se firent pas plus précis, et les assimilations ne purent être plus facilement certifiées. Si certains s'en inquiétèrent, la plupart y virent un élément de plus pour confirmer la décision du Paddish-Har'n.

    Des Points-Coordonnées avaient été fixés dans l'espace. Les premiers Navigateurs partirent, la tête tournée vers le ciel noir. D'autres Navigateurs suivirent bientôt, tout aussi angoissés.

    Nous n'étions pas une race de voyageurs spatiaux. Personne ne savait ce qu'allait trouver les premiers Navigateurs. Nous étions finalement très mal préparés, nous le reconnaissons. Mais cette conclusion ne sert à rien, puisqu'elle est dérivée du résultat. Mais nous étions aussi prêts que nous le pouvions. Les Rêves nous le confirmèrent.

    D'étranges rumeurs naissèrent suite à l'apparition de mystérieux points brillants dans le ciel. On parla d'explosion des vaisseaux, de trous dans l'espace pour rejoindre une dimension inconnue. Il fut un moment question de ne plus partir. Mais les Rêves revinrent alors plus puissants que jamais. Certains même tuèrent, chose nouvelle pour nous.

    ***

    Je me suis penchée depuis sur les vieilles certifications. Celles qui datent d'une époque dont peu  se souviennent.
    Les Rêves avaient déjà tués; même des Expérimentés !
    On ne sait pas comment, mais parfois les Rêveurs deviennent un Etre-rêve qui évolue dans le subconscient des Buts. Et les Buts, violents jusque dans leurs rêves, tuent.

    Mais à l'époque des Navigateurs personne ne s'en souvenait.


    Alors les vaisseaux repartirent; les Rêves se calmèrent.
    L'observation des nouveaux points lumineux révéla une source lumineuse pulsante, émettant sur des fréquences lumineuses courantes un message répétitif, très légèrement brouillé par la distance. Il n'y avait plus de doute. Les Navigateurs communiquaient.


    L'espoir qui accompagna la découverte des balises permis aux Navigateurs restant de redoubler d'efforts.

    ***

    En dernier lieu il fut décidé que certains d'entres nous devaient rester. Ils seraient chargés des derniers Rêves, et de créer les dernières Certifications nécessaires pour notre mémoire collective.
    Il ne s'agissait pas au départ d'une Mission-suicide. Les Navigateurs devaient venir nous rechercher. Bien sûr, volontaires, nous connaissions les risques. Mais la progression de la race restait lente, et désordonnée. Le risque semblait acceptable, et les Rêves restaient muets sur ce point.

    ***

    Le feu seul peut nous détruire, et pourtant beaucoup de ceux de mon Peuple sont morts, ne pouvant s'échapper à temps de leur poste d'observation. Car la race aime le feu ! La plupart préférèrent se sacrifier silencieusement, mais quelques uns sont à l'origine des contes et croyances populaires de la race.

    Désormais, nous ne sommes plus qu'une vingtaine. Et nous sommes condamnés. La race s'est ouvert les portes d'un savoir qui empêche nos Navigateurs de revenir nous chercher. Et des choses dans l'air nous ont rendu stériles. Nous mourrons, invisibles aux yeux de la race qui continue de déchirer notre patrimoine dans l'insouciance même de sa propre survie.



    Quand je disais que le meurtre aurait pu être justifié !

     


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  • Les ombres étranges se regroupent

     

    Ma couronne est née de l'automne. De ces automnes qui durent une année car ils sont dans le cœur. Comme une brume, ils entrent pour ne plus ressortir. Certains sont forts, et se battent. Le Crabe, lui...
    Ma couronne est née de la glace. Celle qui bien que froide reflète un peu de vie, irradie un peu de feu. Le Crabe, lui...

    Ma plus belle couronne fut celle que le Crabe me rêva. Etrange, belle, fixe, inconnue.
    Mon palais, lui, fut changeant. Comme un palais de boue.

    Alors le Crabe se fit potier pour moi. Et il riait en modelant, les mains pleines d'eau de larmes et de terre. Il riait car il faut rire quand on meurt. Alors ma vie n'est qu'un rire fou, dément, aliéné et seul.
    Alors le Crabe se fit nourrice. Il me livra des fragments de vie sanglants et noirs. Alors mon sang n'est que pourriture et mort.

    Mais ma couronne ... !

    Je souris car elle brille comme de l'or. Elle fond comme du sable dans la main. Elle est chaude. Elle me fait arrêter de trembler quand j'ai froid ou peur. Elle me donne le goût amer de la vie qui m'aide à regarder de mes yeux morts.

    Et les ombres étranges qui se regroupent, me direz-vous ?
    Mais n'avez-vous pas compris ?
    Mon palais est infect et poison. Il vomit.
    Il saigne.
    Il a mal. Comme le Crabe a mal.
    Et ma couronne est bien peu de chose devant les charniers.

    Les ombres étranges sont les brumes qui entrent et le feu qui brûle. Des vagues de mal, des vagues, des vagues qui montent et descendent pour nous rendre malade. Des vagues, des vagues, encore des vagues, jusqu'à s'enfuir.
    Et ma couronne est bien peu de chose devant les murs.

    Le Crabe, lui... avait besoin de brume et de feu. Alors je suis entrée. Et je suis en prison.

    « un, deux...
    sort de chez toi quatre à quatre...
    cinq, six...
    il y pleut à se pendre »

    Le Crabe, lui... avait besoin de brume et de feu. Alors je l'ai modelé.

    Le Crabe, lui... avait besoin de feu et de brume. Alors je l'ai nourri. 


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