• r-

    r- comme retour. Regret.

    Un arbre, à la lisière d'une forêt.
    Un arbre devant une lande défrichée, qui sait qu'un jour viendra son tour.
    Un arbre avec un garçon sur une branche qui grave avec son canif un morceau d'écorce trouvé par terre.
    Une date.
    Un prénom de fille.
    Et deux trous pour faire passer la ficelle qui maintiendra l'écorce à la branche de l'arbre.

    Le garçon s'est éloigné sans se retourner à travers la poussière et le pollen de cette lande sucrée par une fin d'après midi. Il n'est jamais revenu sur la tombe de son souvenir.


    Et si...
    Et s'il était repassé sur cette terre, un mois ou un an plus tard... aurait-il repensé au prénom gravé ? Serait-il remonté sur la branche pour voir si cette "bouteille à la mer" d'un nouveau genre avait trouvé un port ?

    Moi j'ai posé la question.
    Et je n'ai pas reçu de réponse.

    Car revenir c'est mourir un peu, m'a t-il dit.
    Chercher le mal sur une lande en friche craquantes d'herbes et tâchée de fleurs sauvages ?
    Remplacer ce goût de sucre et de liberté qui fait tant saliver ?
    Il m'a récité ces vers magnifiques de Rimbaud :

    "Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
    Picoté par les blés, fouler l'herbe menue,
    Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
    Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

    Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
    Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
    Et j'irais loin, bien loin, comme un bohémien,
    Par la nature, heureux comme avec une femme."

    Et il m'a répété "J'irais loin, bien loin, heureux comme avec une femme.".
    Il souriait.
    Et j'ai compris que je l'avais perdu.





    Bérénice

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