• Blackout

    J'avais décidé de lâcher ce blogg, de le laisser complètement à Bérénice.
    Trop de sang et de larmes ont déja été versées ici, et la boue qui macule ces écrits me gênait, tout à coup. Car quand j'ai ouvert cet espace, je voulais en faire un soleil dans ma vie. Un morceaux de ciel, secret, dans lequel je viendrais me ressourcer.
    Mais comment un esprit malade pourrait-il créer autre chose que ce qu'il connait ?
    Alors, un peu honteux de partager mes doutes, mes faiblesses, de souffrir si souvent j'avais décidé de me retirer.

    Et puis hier, à la grande bibliothèque du Québec, je suis tombé sur ce vieux disque des Scorpions : "Blackout".
    Et dans la voiture qui me ramenait chez moi, j'ai replongé en 1982-83, à Lyon. Chaque fois que je passais par la rue de la République, juste avant cet immense bâtiment qui habritait le journal "Le Progrès", et qui plus tard devint "La Fnac", il y avait un petit marchand de disque, avec un poster géant de la pochette de Blackout dans la vitrine. Cet homme avec deux fourchettes sur les yeux, un bandeau de gaze qui lui couvrait le crâne, en train de crier au milieu de débris de vitre. J'avais envie de ce disque. Envie de connaître ce groupe. Envie de posséder cette photo. Quelques mois plus tard, j'avais une copie de la cassette.
    Je me suis surpris, hier, à ne pas avoir oublié l'ordre des titres. Les titres mêmes me revenaient en mémoire. "Can't live without you", "China White", et bien sûr "When the Smoke is going down".
    Et je me suis souvenu aussi de cette fille que j'aimais d'un amour qui saignait et me tua. Valérie. Et les mêmes sentiments sont revenus crever à la surface, moitié pourris, moitié naïfs.
    Je me suis laissé bercer au son des riffs de guitare de Rudolf Schenker (je me souviens encore de son nom), j'ai surfé sur mes souvenirs : Rudolf,  le frère de Mickael, qui allait former le "MSG" (Mickael Schenker Group) qui passa en première partie d'Iron Maiden en 83, à Lyon, les autres groupes que j'écoutais, les Trust, UFO, Deep Purple, Saxon et autres. Des noms sont revenus. Des bribes de conversations. Des odeurs, même. Et cette impression de m'enfoncer, profond, profond, dans une torpeur du cerveau.

    Et je me suis souvenu de ce blogg. De cet espace qui, pour moi, a désormais ce parfum de caramel et cette douceur féminine.
    Je me suis souvenu que finalement, quand ça va pas, c'est ici que je viens. Je parle, j'écris, sur moi, les autres, des autres. Et j'ai décidé de replongé. Dans le temps, "Dulcinea" était revenue "Lucide" et avait dit "Vous l'entendez le bruit des rames ?"
    Ben moi c'est pareil. Et je ne sais si je dois m'en réjouir ou pleurer de rage.

    Les gens me déçoivent toujours autant. Les journalistes en tête du troupeau. On sort des Canadiens du Liban en guerre, d'un pays où les infracstructures sont bombardées, les communications coupées, les déplacements interdits, et tout ce qu'ils trouvent à dire à la descente de l'avion avant "Merci", c'est "On n'a pas eu à manger dans le bateau...". Désolant cette humanité qui ne voit pas ce don qu'est la vie. Ce plaisir qu'est la vie. Mais qui suis-je, moi qui pense à me l'enlever 3-4 fois par an, pour juger ?
    Et si je voyais dans le suicide une façon de quitter cette "humainerie avariée" ?

    Je suis tombé sur le blogg d'un gars qui s'est fait itinérant, comme on dit ici au Québec.
    En fouillant un jour dans la tombe de mon passé, j'ai ressorti une vieille image : celle d'un petit garçon qui voulait fuir sa famille, parce que mal aimé, avec son 5 francs en poche (persuadé que ça valait quelque chose), avec un baluchon. Vous savez, ce carré de tissus dans lequel les pauvres mettent tout ce qu'ils ont et partent sur les routes, selon l'imagerie populaire d'Epinal...
    J'ai été ce petit garçon. Et pas juste une fois. Et toujours avec des larmes, un goût métallique de sang dans la bouche.


    P*****. Je reviens, et ça ne s'annonce pas plus gai qu'avant.
    Mais je me dis que si j'ai besoin de belles choses, j'irais voir le blogg de Fang. C'est toujours ce que je fais. Et je sais toujours pas pourquoi.

  • Commentaires

    1
    Vendredi 28 Juillet 2006 à 20:27
    C'est pas si important,
    de savoir pourquoi... Mais la musique, si... Rebienvenue, alors :)
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